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Comment une ville apprivoise les données ?

04/07/17 par Patrick Duverger 6

En lançant des projets IoT et analytiques innovants autour du réseau d’eau de la collectivité, la ville d’Antibes a pu instaurer un niveau de dialogue plus pointu avec la société concessionnaire. Et lorgne désormais vers des analyses plus complexes.

 

« Lors du renouvellement de la délégation du service public de l’eau, la ville d’Antibes a non seulement obtenu le plus bas prix de France, mais aussi l’accès aux données du délégataire, Veolia. Conformément à la volonté du maire Jean Leonetti de développer l’écosystème numérique de la collectivité, en s’appuyant sur notre proximité avec la technopole de Sophia Antipolis, nous avons décidé de saisir cette opportunité, en lançant une expérimentation portant sur la maintenance prédictive des réseaux d’eau.

 

Si le délégataire dispose de ses propres solutions, la ville a voulu démontrer, en partenariat avec SAP, la faisabilité d’un système de remontée de données s’appuyant sur le réseau de Sigfox, une société française proposant une technologie de réseau à bas débit dédié à l’IoT. Lancée voici près de trois ans, cette solution a été testée en labo, mais aussi sur le réseau lui-même, sans perturber la production du délégataire.

 

Analyser directement les données chiffrées

Observée avec intérêt par Veolia, la technologie mise au point avec les laboratoires de SAP se distingue par une sécurité de bout en bout, démarrant au niveau du signal 0,5 V du capteur et allant jusqu’à l’interface. Conçu par le laboratoire SAP à Sophia Antipolis, cette technologie utilise un pico-ordinateur pour assurer le chiffrement du signal, tout en restant dans les contraintes du protocole Sigfox. Non seulement il s’agissait alors de la première application IoT chiffrée, mais la technologie embarque quelques fonctionnalités spécifiques, comme un algorithme préservant les ordres de grandeur. Par exemple, si le niveau d’un réservoir à l’instant t est supérieur au niveau mesuré précédemment, la donnée chiffrée aura alors également une valeur supérieure. Ce qui permet d’effectuer certains traitements analytiques directement sur les données cryptées, sans avoir besoin de les déchiffrer au préalable.

 

En plus de démontrer la faisabilité de cette technique, la ville a bâti, sur la base des données fournies par le délégataire – issues de son SIG (Système d’Information Géographique), des équipements, etc. -, son propre référentiel du réseau d’eau, soit 308 kilomètres de réseau et 45 000 tronçons. L’objectif est ici de confronter nos analyses, construites avec SAP HANA Cloud Platform, avec celles du délégataire, même si c’est bien ce dernier qui est responsable de l’entretien du réseau. Mais le modèle multi-critères que nous avons construit – avec des paramètres réglables qui vont de l’utilisation du réseau (adduction, distribution, incendie…), des caractéristiques des canalisations, à leur âge, en passant par le type de matériau employé ou la longueur du tronçon – permet d’élever le niveau de connaissances de la ville. Qu’il s’agisse de priorités de travaux, d’état du réseau ou de respect des critères de performances. Avoir à disposition énormément de données améliore la relation entre la collectivité et l’entreprise délégataire.

 

Vers des modèles de gestion de la cité

Le résultat est assez spectaculaire : d’entrée de jeu, l’algorithme a isolé la canalisation la plus risquée du réseau, en amont de l’usine de traitement. On savait dès cet instant qu’on tenait là quelque chose d’intéressant. Bien sûr, de son côté, Veolia déploie ses propres technologies IoT, en faisant appel au meilleur de la technologie en fonction des contraintes que soulève tel ou tel emplacement, et a bâti ses propres analyses de données. Mais nos expérimentations ont montré qu’il était possible de greffer aux capteurs en place des dispositifs basés sur la technologie Sigfox et que nos applications analytiques portant sur l’ensemble du réseau nous amenaient dans un niveau de dialogue inédit avec l’opérateur, permettant de mieux le contrôler.

 

L’étape d’après consistera probablement à exploiter l’Intelligence Artificielle (IA), en faisant intervenir dans nos applications de nouveaux types de données, comme celles issues de la vidéosurveillance ou des transports publics. L’objectif ici n’est plus d’étudier le seul réseau d’eau, mais de détecter des phénomènes inconnus, provenant des interactions entre plusieurs systèmes. Il faut pour ce faire déployer l’IA tant au niveau des capteurs eux-mêmes – afin d’écarter les données sans intérêt dès leur captation – qu’au niveau d’un cockpit central, pour extraire des modèles de gestion de la cité au-dessus de la gestion des réseaux proprement dite. C’est dans cette direction, et en démarrant par l’exploitation des images de vidéosurveillance, que se poursuivra le partenariat avec SAP. »

Par Patrick Duverger, DSI de la ville d’Antibes

Pour plus d’informations rendez-vous sur www.sap.com/france/iot

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