Le Canada ne manque pas d’ambition en matière d’IA. Le pays a contribué à l’invention de l’IA moderne, et aujourd’hui, plus de 150 000 innovateurs canadiens au sein de plus de 3 500 entreprises développent au Canada des solutions d’IA qui renforcent notre économie, résolvent des problèmes réels et créent de bons emplois bien rémunérés. SAP est fière d’être l’une de ces entreprises.
Pourtant, en tant que pays, nous avons souvent échoué à transformer notre leadership précoce en avantage économique durable et en gains de productivité. La nouvelle stratégie du gouvernement du Canada en matière d’IA, intitulée L’IA pour tous, vise à bâtir une industrie et une communauté de recherche en IA responsables, sûres et souveraines au service des Canadiens. Le risque n’est pas d’avoir visé trop bas, mais plutôt d’éparpiller nos efforts si largement entre les piliers et les projets pilotes que rien ne fait une réelle différence sur le plan de la productivité ou ne consolide nos avantages nationaux en matière d’IA à la vitesse requise.
Le Canada dispose d’une courte fenêtre d’opportunité pour faire des choix de conception qui détermineront si cette stratégie produira de vrais résultats. La stratégie L’IA pour tous repose sur six piliers qui cherchent à protéger les Canadiens, à développer les compétences, à favoriser une prospérité partagée, à développer une fondation d’IA souveraine, à faire croître des champions canadiens et à approfondir des partenariats de confiance. Bien que ces piliers stimuleront l’adoption de l’IA dans l’ensemble de l’économie, trois leviers seront les plus importants pour le secteur public et les industries réglementées :
- Des missions d’IA claires avec des résultats mesurables.
- Une infrastructure d’IA véritablement souveraine qui maintient les charges de travail sensibles sous le contrôle et la législation du Canada.
- Des règles d’approvisionnement qui priorisent la maîtrise et permettent au gouvernement d’agir comme client d’ancrage pour faire croître les entreprises canadiennes au pays et à l’étranger.
Premièrement, les missions. La stratégie met en lumière un Programme de missions d’IA et des secteurs prioritaires, allant de la santé et des sciences de la vie à la fabrication et aux services publics, mais les missions ne peuvent pas être un simple slogan. Elles doivent être des secteurs verticaux avec des résultats définis, tout en étant planifiées et exécutées horizontalement entre les organismes centraux, les ministères sectoriels et la myriade de processus d’approvisionnement fragmentés qui gèrent réellement les fonds et les charges de travail. Un point de départ important devrait être d’investir dans la prestation de services publics assistée par l’IA : réduire les temps d’attente, simplifier les formalités administratives et améliorer la qualité des services de première ligne sont des résultats que les Canadiens ressentiront. Mais sans un mécanisme de gouvernance capable d’harmoniser les parties prenantes du gouvernement et de l’industrie, ou sans un processus rationalisé d’approvisionnement en technologies de l’information (TI) gouvernementales, les six piliers risquent de devenir en pratique six logiques de fonctionnement différentes.
Deuxièmement, la souveraineté et les champions. La stratégie L’IA pour tousreconnaît que la chaîne de valeur de l’IA du Canada englobe l’énergie et les puces, la capacité de calcul, les modèles et les applications, mais que la capacité de calcul souveraine demeure naissante et que de nombreuses couches essentielles sont sous contrôle étranger. Ottawa a réagi avec une approche de construction-partenariat-achat et des investissements majeurs dans la capacité de calcul pour l’IA, y compris un superordinateur public et des projets de centres de données à grande échelle conçus pour fournir une capacité gouvernée au niveau national. Le cadre approprié pour la souveraineté n’est pas l’autarcie dogmatique; nous devrions plutôt viser une maîtrise juridique et opérationnelle réfléchie.
La question de la souveraineté et de la maîtrise ne se limite pas à l’emplacement des données, mais concerne aussi la juridiction dont les lois ou les caprices politiques s’appliquent, qui exploite les infrastructures clés et si les Canadiens peuvent compter sur ces systèmes en cas de crise. Comme le dit la stratégie, « l’infrastructure sous-jacente doit être exploitée sous le contrôle et la législation du Canada », et non sur des plateformes qui peuvent être restreintes ou retirées à la discrétion d’un gouvernement étranger. Le monde a appris cette leçon vendredi dernier avec l’annonce par Anthropic d’une directive du gouvernement américain visant à suspendre l’accès aux modèles d’IA de pointe Fable 5 et Mythos 5.
Troisièmement, des règles d’approvisionnement qui priorisent la maîtrise. Le gouvernement devra agir rapidement pour définir la souveraineté sur les plans technique et opérationnel. Cela signifie établir des normes et s’assurer que la définition et les normes se reflètent dans tous les processus d’approvisionnement. Ce faisant, les partenaires numériques du gouvernement du Canada pourront mobiliser les ressources nécessaires et investir dans l’infrastructure requise pour fournir une maîtrise souveraine là où c’est nécessaire.
La stratégie d’IA indique clairement que le Canada ne peut y arriver seul et qu’il devra trouver des partenaires et des alliés appropriés pour atteindre ses objectifs de souveraineté numérique. SAP Canada a établi des partenariats avec Cohere et Bell qui visent à combiner le meilleur de chaque entreprise pour offrir des options d’infonuagique souveraines et axées sur la sécurité, adaptées aux industries réglementées et aux systèmes gouvernementaux sensibles. Le partenariat élargi de SAP avec Cohere est conçu pour livrer des solutions d’IA souveraines en combinant des modèles de fondation développés au Canada avec les plateformes d’entreprise souveraines de SAP. Notre alliance avec Bell Canada au niveau de l’infrastructure garantirait que nos systèmes et charges de travail les plus critiques, comme les systèmes de sécurité nationale, les services publics et les services gouvernementaux traitant des données sensibles des citoyens, demeurent fermement sous le contrôle opérationnel et la juridiction juridique du Canada.
Le SAP Sovereign Cloud récemment annoncé en France fournit également un exemple de la manière de permettre aux organismes publics et aux industries réglementées d’exécuter des charges de travail stratégiques dans des environnements alignés sur les stratégies nationales d’infonuagique du gouvernement et les exigences strictes en matière de sécurité nationale. Cet effort sera soutenu par d’importants investissements du secteur privé dans des capacités d’infonuagique souveraine et d’IA d’entreprise de confiance, avec des partenaires d’infrastructure et d’IA. Cela démontre comment des processus d’approvisionnement alignés sur la stratégie peuvent permettre à des partenaires de longue date d’aider les gouvernements à placer les capacités d’infonuagique et d’IA d’entreprise sous une juridiction juridique et opérationnelle nationale, tout en préservant le choix entre plusieurs plateformes de confiance et en permettant le bon niveau de maîtrise pour différents systèmes.
La stratégie L’IA pour tous présente un programme national ambitieux, allant d’une plus grande adoption par les entreprises à la création de centaines de milliers de nouveaux emplois et à une augmentation significative du PIB du Canada. Ces chiffres ne seront crédibles que si nous réussissons à faire trois choses au cours de la prochaine année :
- Nommer et mandater un petit nombre de missions d’IA dotées d’une autorité réelle.
- Investir dès maintenant dans une infrastructure canadienne souveraine basée sur une définition claire de la souveraineté et des règles concernant la juridiction et l’accès à l’écosystème.
- Harmoniser les règles d’approvisionnement du gouvernement avec les principes de client d’ancrage et d’alliance qui permettront aux fonds publics de faire croître les entreprises canadiennes aux côtés de partenaires de confiance.
Derrière tout cela se cache également une question plus profonde et plus difficile. Les valeurs, l’éthique et le pouvoir d’agir ne peuvent pas être une réflexion après coup dans cette nouvelle ère de l’IA. Si le Canada veut une IA qui reflète et préserve nos institutions démocratiques, protège les enfants et les travailleurs, respecte la vie privée et promeut la diversité culturelle, nous devons intégrer explicitement ces normes dans les lois, les contrats et les infrastructures qui régissent l’IA. Sans ces mécanismes de contrôle, nous pourrions découvrir que les systèmes qui façonnent notre économie et notre démocratie ne sont finalement pas redevables aux Canadiens, mais à des gouvernements étrangers et à des algorithmes opaques.


