Numérique et industrie française, une nouvelle histoire à écrire ?

Secteur d’excellence de notre pays, l’industrie a historiquement permis à la France d’exporter ses innovations, de développer des savoir-faire remarquables et de créer des champions sur la scène internationale, comme dans l’industrie automobile et l’aéronautique. Depuis les années 60, la donne a radicalement changé. Tout d’abord avec l’essor des services qui a attiré investisseurs et talents, puis avec la mondialisation qui a augmenté la pression sur les coûts et l’emploi, puis enfin avec le numérique qui pousse l’industrie, comme tous les secteurs, à se réinventer. On parle aujourd’hui de troisième et même de quatrième révolution industrielle, … et on n’en finit plus de dire aux industriels qu’ils doivent se transformer. En réalité, l’industrie française n’a pas attendu le numérique pour cela : elle n’a cessé de se réinventer depuis plus de deux siècles ! Et cette dernière transformation est à mon sens aussi riche d’espoirs et de perspectives communes pour nos deux secteurs.

Le « French context », une exception ?

Comme partout dans le monde, la France a vu son tissu industriel se fragiliser depuis 1960 avec une part dans notre PIB qui a été quasiment divisée par deux[1]. Depuis les vingt dernières années, cette tendance s’est accélérée avec une pression sur la compétitivité qui a engendré nombreuses pertes d’emploi et plans sociaux fortement médiatisés. Le secteur souffre aujourd’hui tout autant de cette pression économique réelle que d’une image véhiculée par la presse et la classe politique, de « malade à sauver ».

Il faut savoir nuancer cette vision. La France a de vrais points faibles.  D’abord, elle exporte peu en dehors de l’Europe. Ensuite, la France est faible exportateur de produits manufacturés avec 4,2% de parts de marché mondiales vs les champions que représentent l’Allemagne (11,2%), la Chine (10,5%), les Etats Unis (9,6%) mais devant l’Italie (4,2%) et le Royaume-Uni (4,1%)[2]. Mais elle montre également des signes probants de changement positif. La course à la compétitivité par la délocalisation a montré ses limites, entre les coûts de transport et la multiplication par deux des salaires en Asie en 10 ans (contre 5% dans les pays développés[3]). Le reshoring séduit donc logiquement de plus en plus d’industriels, avec un solde net d’ouverture de nouveau positif en 2017. Et les investissements industriels étrangers en France ont connu hausse record de 30% en 2017[4].

Trois synergies vertueuses à construire entre l’industrie française et la tech

Avec son important vivier de startups, ses acteurs du numérique et son savoir-faire industriel, je suis convaincu la France peut rebattre les cartes et jouer nouveau rôle sur la scène industrielle mondiale. Elle a trois paris à construire sur le long terme avec les entreprises et acteurs du numérique pour se développer.

  • Des modes de production plus flexibles, plus personnalisées et plus responsables pour répondre aux attentes des clients et consommateurs

Le consommateur actuel veut plus que jamais un produit qui lui ressemble. Inenvisageable pour un particulier d’acheter une voiture neuve sans la customiser jusque dans les moindres détails. Idem pour sa paire de baskets achetée en ligne et qu’il souhaite recevoir dans la semaine. Cette exigence s’étend jusque dans les biens de consommations très courants où un paquet de céréales s’achète toujours en packaging traditionnel, en mélange à faire soi-même en magasin ou en ligne. Toutes ces tendances obligent les fabricants à repenser leur modèle et à multiplier leurs modes de production : la production volumique pour les produits génériques, les productions courtes pour suivre les tendances éphémères, la production à l’unité et à la demande pour l’hyperpersonnalisation… Cela modifie les filières d’approvisionnement et ouvre la voie à une nouvelle forme de production plus proche, plus intelligente et plus agile.

D’un point de vue de la fabrication, la production hautement personnalisée implique plus de technologies, des processus plus complexes en usine, des compétences plus élevées et plus de flexibilité. Les équipements de production doivent être agiles pour s’adapter à la demande, tout comme la supply chain pour livrer le client rapidement. Pour ce faire, les industriels peuvent s’appuyer un certain nombre de nouvelles technologies comme l’IoT, le Big Data, le Machine Learning, la Blockchain… C’est pourquoi SAP a développé un portefeuille de solutions qui permettent aux industriels de se transformer et de développer un plan de continuité numérique.

Cette demande de flexibilité et de personnalisation a un autre corollaire positif : la production délocalisée est aujourd’hui incapable de livrer des petites séries, et dans des délais extrêmement courts. Elle contribue donc au reshoring ou au développement de la production additive. Et elle répond ainsi à une autre attente des consommateurs qui privilégient les produits provenant de « circuits courts » et sont même prêts à payer plus pour du « Made in France »[5].

  • Des coopérations fortes à construire pour développer des innovations de rupture

Le positionnement adopté, la recherche de l’avance et de l’expertise technologique permettent à certains pays de tirer leur épingle du jeu et de tenir leurs positions comme l’Allemagne qui a pourtant un coût du travail plus important que la France.

Les industriels français l’ont bien compris. Ils contribuent à 80% à la R&D privée en France et ont investi massivement dans la deep tech via des programmes d’innovation internes, avec des grands acteurs mondiaux de la tech ou encore des partenariats avec des start-up. Dans les secteurs à fort potentiel stratégique et économique pour l’avenir (transport, énergie, santé…), là où vont les principaux investissements en R&D, la porosité entre les deux types d’acteurs est un acquis.

SAP accompagne ainsi de nombreuses entreprises industrielles en France et dans le monde dans leur transformation. Pour aller plus loin et accompagner les PME dans leur mutation vers des ETI, nous nous sommes associés à la FrenchFab. Lors de Hannover Messe, le grand salon international de l’Industrie, nous avons accompagné une délégation d’entreprises industrielles de la French Fab à la rencontre d’entreprises Allemandes ou étrangères qui ont réussi leur transformation. L’idée était de leur permettre d’échanger et de comprendre comment ces entreprises ont transformé leur business model, leurs process de fabrication et comment elles ont su capitaliser sur les nouvelles technologies pour y parvenir.

  • Une nouvelle culture de l’ingénierie à imaginer

Nos deux secteurs sont également confrontés à la rareté des talents. L’industrie parce qu’elle doit attirer les talents dans ses filières, valoriser ce secteur, ses nouveaux débouchés et métiers à forte valeur ajouté. Les entreprises technologiques parce qu’elles ont souvent du mal à les retenir dans un secteur concurrentiel. Dans les deux cas, nous devons aussi faire face à des difficultés pour favoriser la parité et la diversité dans les métiers. Je suis convaincu que les jeunes ingénieurs -et leurs employeurs – auraient beaucoup à gagner à oser des parcours mixtes entre entreprises industrielles et technologiques.

Les opportunités sont donc nombreuses et partagées ! Changeons de regard pour mieux travailler ensemble, c’est tout le sens de notre participation dans quelques mois à l’événement l’Usine Extraordinaire.

 

[1] Banque Mondiale, 2017
[2] Ministère de l’Economie et des Finances, Direction Générale des Entreprises, 2017
[3] Rapport sur les salaires de l’OIT, 2012-2013
[4] Etude EY 2017
[5] « L’attachement des français au Made in France », CREDOC, 2014